Déroulé de l’atelier : Les crises et les femmes – fenêtres d’opportunités, menaces de régression

Les crises et les femmes
fenêtres d’opportunités, menaces de régression

Michèle Vianès, Présidente de Regards de femmes

Le risque de la stagnation séculaire des économies perdure. Il faut y ajouter celui de la régression des droits des femmes. Les défis du XXI° siècle ne peuvent être surmontés en ignorant ou en écartant la moitié de la force créatrice de l’humanité. L’autonomisation économique des femmes exige une mutation efficace du monde du travail. Il convient donc d’analyser la situation, les problèmes actuels et leurs causes, avec une lecture prenant en compte les rapports sociaux de sexe pour proposer des outils efficaces.

Cette nouvelle approche suppose de désintégrer les schémas traditionnels, les rôles sociaux, économiques et politiques assignés aux femmes et aux hommes. Einstein disait « les préjugés sont plus difficiles à désintégrer que l’atome. »

La crise économique, financière, politique et sociale de longue durée actuelle induit la tentation de marginaliser les activités économiques des femmes, de les utiliser comme variable d’ajustement. Les politiques de récession, dites politiques d’ajustement, se traduisent par des coupes dans les services publics et les prestations sociales.

Les femmes, parfaitement étrangères à son origine, sont menacées d’en subir de manière disproportionnée les effets qui remettent en cause leurs acquis sociaux :

  • La menace de régression des droits conquis et/ou la stagnation dans ce qui reste à parcourir pour que les droits formels existants soient réellement exercés.
  • Les dépenses sociales contribuent à compenser les inégalités économiques et sociales entre les femmes et les hommes. Les diminuer touche avant tout les femmes qui constituent l’écrasante majorité des bas salaires.

Les femmes ne sont pas des rentières, elles détiennent seulement 1% du patrimoine mondial, perçoivent 10% des revenus de la planète, représentent 70% des pauvres du monde. Le visage de la pauvreté est féminin !

La crise est sexuée dans ses caractéristiques et dans ses impacts. Alors que les femmes représentent à elles seules la plus grande force de croissance économique de la planète, leur potentiel d’évolution est freiné en particulier par :

  • le partage inégal des responsabilités familiales (enfants, parents âgés, tâches ménagères, etc.),
  • l’insuffisance des structures publiques d’accueil des jeunes enfants,
  • la ségrégation au niveau de l’orientation scolaire et des études,
  • la ségrégation horizontale (entre types d’activités) et verticale (échelons hiérarchiques)
  • la non-reconnaissance de leurs qualifications et des compétences mises en œuvre dans de nombreux métiers,
  • le travail précaire (à temps partiel non choisi, informel, …)
  • l’écart salarial entre hommes et femmes
  • la violence et le harcèlement à caractère sexuel,
  • le trop faible nombre de femmes avec des responsabilités dans les domaines économiques et politiques,
  • les conditions défavorables pour les femmes entrepreneuses, le soutien trop faible aux créations et aux transmissions d’entreprises et l’accès limité aux financements,
  • le manque de modèles positifs de femmes,
  • l’offensive des obscurantistes et des théocraties qui visent à légitimer le retour des traditions néfastes.

Il convient de contrecarrer les risques de la stagnation séculaire en favorisant la promotion de l’égalité entre femmes et hommes dans la sphère économique et sociale.

Lutter contre l’inégalité des sexes n’est pas seulement une question éthique, c’est aussi mieux gérer les ressources humaines. Des femmes plus nombreuses dans l’emploi créeront davantage de richesses, consommeront davantage de biens et de services et contribueront à accroître les recettes fiscales. Des équipes de travail mixtes induisent un meilleur potentiel d’innovation.

Aussi avec nos panélistes et ensuite avec vous dans la salle, nous allons présenter des solutions concrètes des outils efficaces.


« S’attaquer aux normes défavorables et promouvoir les modèles exemplaires » Yaba Tamboura, membre du CO/COFEM (Comité d’orientation du Collectif des Femmes du Mali),

Les femmes ne se mettent pas en valeur comme les hommes le font, elles hésitent à poser leur candidature pour des postes à responsabilités, manquent de confiance en elles, ne constituent pas de réseau, ne saisissent pas les occasions qui se présentent et sont trop souvent réticentes à combattre les discriminations.

« Renforcer la visibilité, la voix collective et la représentativité des femmes dans les petites et moyennes entreprises » Sabine Basili, Présidente de la commission des affaires économiques et du développement durable au sein du Conseil national de l’U2P (artisanat et professions libérales), vice-présidente de la CAPEB (Bâtiment)

L’accès égalitaire des femmes aux postes de décision a un effet positif sur la performance des entreprises, plus de femmes entrepreneuses apportent de la valeur ajoutée et des contributions financières supplémentaires à l’économie grâce à l’innovation et à la création d’emplois.

Les contributions des femmes, leur niveau élevé de formation et leur potentiel pour répondre aux besoins futurs du marché du travail demeurent sous-estimés et méconnus.

« Accompagnement des femmes rurales, facteur d’autonomisation: le cas des femmes dans les régions du Tonkpi, du Cavally et du Guémon», Blandine Apie Achi, ONEF Côte d’Ivoire et Mylène Kamara Soro,  WANEP (West Africa Network for Peacebuilding) Côte d’Ivoire.

Quels que soient les indicateurs, la situation des femmes reste inégalitaire, ce qui représente un coût pour la société.

De façon générale, il faut construire une organisation sociale positive au regard de la parité et de l’égalité femmes/hommes. Introduire une dimension de genre dans les analyses de la société et de l’Histoire, dans les propositions et conceptions des politiques, dans les revendications et les évaluations.

La marche vers l’égalité des sexes peut continuer à créer de la croissance et des emplois.  En augmentant le taux d’emploi des femmes, en réévaluant les salaires féminins, cela créera des besoins supplémentaires de services, du pouvoir d’achat, des capacités de consommation supplémentaires et des recettes fiscales.

« Le travail dans les domiciles privés », Béatrice Ouin, ancienne membre du Conseil Economique et Social Européen, rapporteure de l’avis « Développer les services à la famille pour augmenter les taux d’emploi et promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes au travail», 2014 France.

Les obstacles à la mixité des emplois et des fonctions sont inconscients et liés à des représentations. Ils s’enracinent dès le système éducatif, avec le choix des professions différentes des filles et des garçons. Parents et enseignants doivent être davantage sensibilisés aux conséquences des choix d’orientation des jeunes.

S’attaquer à la ségrégation des emplois


Des dépenses publiques d’éducation égales pour les deux sexes permettraient aux femmes d’acquérir les compétences nécessaires aux nouveaux emplois, aux technologies de l’Informatique et de la communication, aux postes scientifiques de tous niveaux.

Ce soutien à l’éducation des filles devrait ensuite être logiquement étendu aux femmes sur le marché du travail afin qu’elles atteignent les mêmes responsabilités et rémunérations que les hommes.

Tout ce qui diversifie les accès aux métiers et aux activités économiques et de recherche pour les femmes est donc à promouvoir. La politique scientifique mérite une attention particulière sur les objectifs de recherche liés à l’émancipation des femmes contre les obscurantistes telle la pilule contraceptive, découverte majeure pour les femmes et pour la démographie.

« La problématique du mariage précoce au Mali : défis pour la participation des femmes maliennes au développement » Kelly Fatoumata Djiré, Réseau Ouest Africain des Jeunes Femmes Leaders-Antenne du Mali (ROAJELF), chargée de programmes Musonet – Mali

Echanges avec la salle


Les femmes ont contribué à l’expansion économique plus que les nouvelles technologies ou les marchés émergeants de la Chine et de l’Inde combinés. Il est indispensable d’ :

  • Elaborer des politiques adaptées qui associent les femmes dans les réponses apportées tant dans les plans de relance que dans les phases de transition qui s’ensuivent
  • Investir dans l’infrastructure sociale pour alléger la charge qui pèse de façon disproportionnée sur les femmes afin de leur permettre de participer pleinement à tous les domaines de la vie économique, financière, sociale et politique

Porter l’effort sur les conditions d’accès et de maintien des femmes sur le marché du travail, combler l’écart salarial entre hommes et femmes promet davantage de croissance et de meilleurs emplois, une prévention contre la pauvreté, et un moindre coût de la « réparation sociale ».

Il faut prendre en compte le principe d’égalité/parité dans les politiques publiques, les politiques macro-économiques, notamment budgétaires, des retraites, des transferts, du marché du travail : de la conception ex ante à l’évaluation ex post. On en est loin malgré quelques efforts de budgétisation axée sur l’égalité des sexes. Cette prise en compte doit porter sur les dépenses, mais aussi sur les prélèvements, les recettes et les effets. Les plans « dits de stabilisation » à cet égard ne sont pas des progrès.

Les procédures d’évaluation ne peuvent, pas plus que les décisions, être laissées aux clubs des mâles. Seule la parité dans toutes les instances décisionnelles pourra faire exploser ce qui n’est ni plancher de glu ni plafond de verre mais des blockhaus du système machiste.


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